Mobilité

ITW : L’autopartage dans les politiques de déplacements

Par lelabkoolicar le 6 janvier 2014

Rencontre avec Jean-Marc Offner, directeur général de l’A-URBA (Agence d’Urbanisme Bordeaux Métropole Aquitaine).

A la fois ingénieur, urbaniste et politologue, Jean-Marc Offner nous donne sa vision de l’autopartage et de la place de la voiture dans les politiques de déplacements actuelles. Il aborde également plusieurs pistes pour accélérer l’évolution des mentalités.

Jean Marc Offner

La voiture reprend sa place dans les politiques de déplacements

Dans les années 70 on partait du constat que la voiture avait des défauts, qu’elle occupait trop d’espace et produisait des nuisances diverses. Politiques après politiques et à travers les plans de déplacements urbains, l’utilisation de la voiture était fortement remise en cause.

On pensait également que chaque habitant vivait dans un univers monomodal, attaché à un mode de transport et un seul ; soit automobilistes particuliers, soit usagers des transports collectifs, soit cyclistes. On privilégiait alors les transports collectifs à l’usage de la voiture individuelle.

Ce qui est intéressant dans l’autopartage et en fait une vraie révolution, c’est que cela explicite le fait que la voiture, malgré ses défauts, continue à être extrêmement utile sur certains territoires, pour certains trajets et pour certains individus.

Aujourd’hui on se rend compte qu’en réduisant ses effets négatifs, la voiture peut avoir toute sa place dans nos politiques de déplacements et que les comportements peuvent évoluer pour devenir plus multimodaux.

La voiture, certes, mais la voiture autrement !

L’autopartage dans l’air du temps !

L’autopartage est en résonnance avec plusieurs courants d’opinions actuels. D’une part, la volonté d’accéder à la propriété diminue de plus en plus au profit de l’usage. On ne ressent plus le besoin d’être propriétaire d’un objet pour pouvoir l’utiliser. D’autre part l’idée de mutualisation et d’optimisation est très présente à notre époque.

Pour les personnes sensibles aux aspects budgétaires, la mutualisation est une solution intéressante. Une voiture individuelle reste 90% de son temps sur une place de stationnement, économiquement on peut optimiser l’utilisation de cet objet.

Mais la mutualisation a aussi une connotation plus sociale et se rapporte à des valeurs de partage et de solidarité.

Enfin, le numérique facilite tout cela et nous place dans un univers de l’instantanéité où il n’est plus nécessaire de planifier très à l’avance. Le numérique fabrique une sorte de place de marché où l’offre et la demande peuvent se rencontrer et s’ajuster plus facilement.

Une technologie légère et embarquée dans les voitures des particuliers

Il y a une sorte de paradoxe à inventer des systèmes de mobilités qui se veulent souples et flexibles, mais qui ne peuvent fonctionner qu’avec des infrastructures assez lourdes, comme par exemple les vélos ou voitures en libre service qui nécessitent des stations ou des bornes coûteuses pour le contribuable.

Dès lors qu’elle est inventée, je suis convaincu qu’il est préférable d’embarquer la technologie sur les équipements existants, en l’occurrence sur les voitures des particuliers.

Des changements de mobilités au rythme des cycles de vie

Un changement de comportements dans les déplacements intervient généralement lors d’un changement dans notre vie ou dans notre organisation, lorsque l’on déménage, que l’on change de travail, quand un enfant passe du primaire au collège ou du collège au lycée, etc… Ces ruptures dans le cycle de vie sont  des moments privilégiés pour proposer de nouveaux services de mobilité, comme l’autopartage.

C’est une des clés : porter les messages pendant les situations de réorganisation de mode de vie parce que ces moments sont propices au changement et qu’ils concernent chaque année une grande partie de la population.

Pour changer les mentalités, multiplions les messages !

Il faut démultiplier les messages et faire en sorte que ce ne soit pas uniquement les acteurs du transport qui parlent de transports. Les employeurs, l’éducation nationale, les bailleurs sociaux, les promoteurs immobiliers, etc… doivent également aborder la question.

Les entreprises doivent organiser la réflexion autour des nouveaux services de mobilités pour qu’ils deviennent plus vertueux et plus efficaces dans le déplacement de leurs salariés.

Je crois beaucoup à tout ce qui tourne autour de l’enseignement. On peut toucher la communauté enseignante, les étudiants, les familles, les enfants.

C’est un peu l’objectif du Grenelle des mobilités : Faire en sorte que toutes les questions de mobilité apparaissent aux yeux de tous, non seulement comme un enjeu majeur, mais aussi comme une responsabilité collective.

Liens

Site de l’A-Urba

Lire le Rapport du Grenelle des mobilités de la métropole bordelaise (paru en avril 2013)

 Couverture grenelle des mobilités

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